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LA STRATEGIE DES ANTILOPES - Prix Medicis 2007

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    Commentaire sur le livre LA STRATEGIE DES ANTILOPES

    Le troisième volet de Jean Hatzfeld sur le Rwanda. Il était question, dans les deux premiers, de ce qui s'était passé dans les marais, avec la voix des victimes (Dans le nu de la vie), puis celle des bourreaux (Une saison de machettes). Mais il y a eu aussi la forêt, avec seulement vingt survivants sur les six mille Tutsis qui y cherchèrent refuge. On découvre le récit de ces journées passées à courir dans tous les sens pour fuir les machettes. Mais le centre de gravité du livre se trouve dans une décision prise par la présidence rwandaise en janvier 2003 : la libération de dizaines de milliers de Hutus, en vue de procès en réconciliation. C'est dès lors la question du pardon et plus simplement de la coexistence dans un même lieu qui se pose, à la fois pour les bourreaux et les victimes, hantés par leurs mémoires mais poussés par la nécessité de continuer de vivre, malgré tout.

    Caractéristiques du livre LA STRATEGIE DES ANTILOPES

    • Auteur : Jean Hatzfeld
    • Date de parution : 23/08/2007
    • ISBN : 9782020962292
    • Editeur : Le Seuil
    • Collection : FICTION ET COMPAGNIE
    • Dimensions : 14X20 cm
    • Poids : 307 g
    • EAN : 9782020962292

    Revue de presse

    En dire davantage ? Ceci par exemple : de mille façons, on le voit, on le lit, on l'entend, la littérature s'est prise à aimer les puissants, les riches, les vainqueurs, les habiles, comme si elle n'avait pas d'autre objet que de leur tenir le miroir ou la main. Sans l'avoir probablement décidé, Jean Hatzfeld, lui, s'en tient à la racine des êtres et des choses, rappelant ainsi à l'écrivain autant qu'au lecteur leur tâche commune : comprendre sans mentir, c'est-à-dire travailler à leur liberté du mieux qu'ils le peuvent.

    Daniel Conrod - Télérama du 5 septembre 2007

    Mais peut-on jamais cesser d'interroger et de s'interroger sur le «crime des crimes» ? La réponse est toute entière contenue dans l'existence de ce troisième volet d'une trilogie à la fois rwandaise et universelle par les thèmes qu'elle aborde : la barbarie, l'indicible, la réconciliation et le pardon impossibles, et la vie qui malgré tout s'enracine à nouveau. Si le génocide est un crime imprescriptible, comme le soulignait Vladimir Jankélévitch, son questionnement l'est tout autant... A la fin, Hatzfeld résume en ces termes le projet sous-jacent à ce troisième livre : «Dire aux rescapés : Vous nous intéressez aussi lorsque vous continuez à vivre.» Un droit de suite que Jean Hatzfeld, journaliste écrivain comme il aime à se définir, exerce ici avec sensibilité et humilité.

    Thomas Hofnung - Libération du 6 septembre 2007

    Au fond, le plus important est d'affirmer ceci : il faut absolument lire La Stratégie des antilopes, le troisième livre que Jean Hatzfeld a consacré au génocide rwandais. Il y a dans les propos des rescapés et des tueurs qu'il a longuement interrogés quelque chose de l'ordre de la poésie et de la philosophie entremêlées jusqu'à l'essentiel, jusqu'au plus profond de l'humain... Après les mots demeure une immense sensation de malaise née de la situation "dantesque", dit Jean Hatzfeld, qui prévaut aujourd'hui au Rwanda. Sur quoi va déboucher cette politique de réconciliation forcée ?

    Franck Nouchi - Le Monde du 7 septembre 2007

    L'écrivain et journaliste Jean Hatzfeld conclut sa trilogie consacrée au génocide rwandais. Après la voix des victimes et celle des tueurs, le face-à-face entre les deux. Sombre et lumineux... Hommes et femmes, tueurs et presque tués, Hatzfeld ne les fait pas parler. Il les laisse dire et ne questionne même pas. Il ne juge pas, il ne comprend pas. Il écrit. Il entend les cris comme dans une langue étrangère et les transcrit. Il fait entendre cette langue juste et vive, brutale et imagée. «A la maison, on dort plus vrai», dit un ancien tueur. «Ils ont coupé à s'en casser les bras», dit une survivante... «L'horreur, l'horreur, l'horreur», écrit Joseph Conrad dans «Au coeur des ténèbres». Hatzfeld nous conduit parmi les ténèbres du coeur. Ce n'est pas l'Afrique qui est le continent noir, c'est l'homme. Une survivante met en garde : ne dites pas que ça ne reviendra pas. Ici ou ailleurs.

    Michel Schneider - Le Point du 13 septembre 2007

    La stratégie des antilopes est le plus joli titre de la rentrée. Il fait hélas référence à la plus horrible des tragédies survenues ces quinze dernières années : le génocide au Rwanda... Ce récit nous renseigne sur la nature humaine elle-même, ses accès de violences, ses paradoxes, ses infinies ressources aussi. Nos âmes occidentales ont une représentation du Mal liée à notre histoire récente. Ce qu'écrit Hatzfeld au sujet de l'Afrique nous oblige à une révolution intérieure. La convalescence du Rwanda telle qu'il la décrit ne ressemble à rien d'autre. Les confidences des uns et des autres (tous portant des patronymes étranges et poétiques) révèlent un pays plein de vitalité qui panse ses blessures, en porte de lourdes cicatrices, mais sans condamner son avenir.

    Etienne de Montety - Le Figaro du 20 septembre 2007

    Mû par la certitude qu'il n'est pas de péril plus funeste que la destruction de la mémoire, l'auteur a le talent, si rare, de libérer la parole d'êtres fracassés. Une maïeutique de l'indicible pour un verbe d'outre-tombe, surgi d'un au-delà sans Dieu. Verbe refoulé, enfoui, empoisonné par la honte d'avoir tué ou celle, plus dévastatrice encore, d'être resté en vie. Et plombé par la détresse qui hante tant de Tutsi à la pudeur écorchée, hier ravalés au rang d'animal, de gibier traqué de marais en taillis... A-t-on jamais vu fiction à ce point enracinée dans le réel, fût-il, au sens strict du terme, inconcevable ?

    Vincent Hugeux - L'Express du 25 octobre 2007

    Livre après livre, Jean Hatzfeld, qui fut grand reporter à Libération, mais qui est aussi romancier, nous guide sur les traces laissées par cette horreur et cette inhumanité... Troisième pierre à cet édifice de mémoire et d'écriture, La Stratégie des antilopes entremêle des témoignages de victimes et de tueurs douze ans après le génocide. Une nouvelle occasion d'être saisi par le vertige que ces lectures inspirent, vertige qui, probablement, saisit Hatzfeld lui-même, tant on ne peut se détacher de fouiller dans les décombres du passé, dans la destruction des âmes, dans ce que l'on n'ose appeler la pureté satanique de la malfaisance, le secret de ce qui pourrait éviter à l'homme de refaire ce qui fut fait... Une question lancinante hante ces pages qui inspirent au lecteur une sorte de terreur sacrée : et pourquoi tout cela ne recommencerait-il pas ? Tout est en place. Les deux ethnies voisinent, chacune avec sa spécialité économique (Hutus agriculteurs, Tutsis éleveurs). La «gourmandise», l'envie, la jalousie semblent encore tapies dans les coeurs... En attendant, la vie a repris, le travail a repris, on échange des paroles convenues, on se croise sans trop se toiser. Hatzfeld nous montre avec délicatesse une humanité au bord d'elle-même, ne tenant que par l'équilibre instable du remords silencieux et de la rancune qui se tait.

    Bruno Frappat - La Croix du 15 novembre 2007

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