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LES ANNEES
- Auteur(s) : Annie Ernaux
- Éditeur : Gallimard
- Collection : BLANCHE
- Genre : ROMAN CONTEMPORAIN
- Présentation : Broché
16,15€
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- 17,00€ Prix éditeur
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Commentaire sur le livre LES ANNEES
Caractéristiques du livre LES ANNEES
- Auteur : Annie Ernaux
- Date de parution : 02/2008
- ISBN : 9782070779222
- Editeur : Gallimard
- Collection : BLANCHE
- Dimensions : 14X20 cm
- Poids : 318 g
- EAN : 9782070779222
Avis des internautes (1) sur le livre LES ANNEES
Revue de presse
Aux débats incessants sur les vertus et les impasses de l'autofiction, Annie Ernaux n'a jamais mêlé sa voix. Un silence qui n'est pas de mépris, mais une façon simple de signifier que ce n'est pas en ces termes que, pour l'écrivain qu'elle est, les choses se jouent. Et ce d'autant moins depuis que le genre autofictionnel en est venu à servir d'alibi trop commode aux épanchements narcissiques les moins nécessaires, les plus complaisants. Là n'est vraiment pas la posture d'Annie Ernaux - sa rigueur, son ascétisme n'ont rien à faire de ces déballages intimistes... Considéré à l'aune de cette réflexion - de l'écriture envisagée comme un don, une mise à disposition et un dépassement de soi, une volontaire et radicale «dissolution dans la tête et la vie des autres» -, Les Années s'offre à lire comme un aboutissement stupéfiant. Ce grand et beau livre, éblouissant de maîtrise, écrit à l'imparfait et où le «je» a cédé place à la troisième personne du singulier, Annie Ernaux le portait depuis longtemps, confie-t-elle dans les ultimes pages, où elle le définit comme l'«autobiographie impersonnelle» vers laquelle elle tendait.
Nathalie Crom - Télérama du 6 février 2008
Annie Ernaux a retracé soixante années de vie française à travers un autoportrait guidé par des photos et des souvenirs, faisant de l'intime un acte collectif et littéraire. Pendant près de cinquante ans, Annie Ernaux a tenu son journal, y livrant ses doutes et ses aspirations. Pourtant, ce n'est pas ce texte qu'elle publie aujourd'hui, mais, si elle s'y appuie, un récit neuf, retour chronologique sur sa vie, d'enfant, de femme, de citoyenne ou de mère. Une vie française recomposée par une mémoire forcément subjective qu'elle s'essaie à tromper, préférant aux souvenirs anachroniques la recherche de ses ressentis d'alors... Rien ne ment chez Annie Ernaux, ni le fond ni l'écriture. À plusieurs reprises, elle confie au lecteur ses doutes sur la faisabilité de ce livre. De cet exercice en clair-obscur, elle a assurément triomphé, livrant l'autobiographie d'une époque, «une coulée de lumière et d'ombre sur des visages».
Sabine Audrerie - La Croix du 6 février 2008
Nous avons eu des vies, mais elles n'existent plus. Ou alors, d'autres les ont vécues. Il paraît que ces autres, c'étaient nous : ceux qu'on voit sur les vieilles photos, ceux qu'on lit dans des carnets intimes, ceux qui reviennent par éclairs ou en rêve. Mais c'est faux. Ceux que nous fûmes ont disparu, très vite. Cependant ils nous forment, ils demeurent. Comment les retrouver et les unir dans le flux qui nous fait ? Vieille question d'écrivain ; la seule, peut-être : lier le vivant et les morts qu'on est... Selon l'âge qu'on a, ses preuves sont plus ou moins les nôtres : soit on les imagine, soit on les retrouve. La zone neutre et sévère qu'elle établit - une sorte d'élégie armée - fait en tout cas qu'on les partage. Mai 68 est, dans ce grand travelling intime et impersonnel, l'un parce que l'autre et vice versa, un moment clé : celui d'une femme qui s'éloigne de la jeunesse, au moment où la vie en commun semble enfin devoir être bouleversée et pensée par tous et chacun... Cela fait d'elle un écrivain particulier, puisqu'elle travaille la mémoire dans une société qui vit de l'effacer.
Philippe Lançon - Libération du 7 février 2008
L'auteur de La Place revient avec une oeuvre qu'elle porte depuis plus de vingt ans. Une autobiographie impersonnelle et fascinante où Annie Ernaux tient la chronique de son XXe siècle... Les fondamentaux se dessinent. Pour cette autobiographie impersonnelle, ce sera «ils», «nous», «on», «elle», et non le «je», par trop subjectif et réducteur. Puis elle choisit l'imparfait «continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure jusqu'à la dernière image d'une vie». Les photos d'elle-même, dûment datées, scanderont le récit et déclineront, tel un révélateur, la part intime de cette femme du XXe siècle. Enfin, les repas de famille et de fête, moments de relâchement mais aussi rituels répondant à des codes très précis, accompagneront la plongée dans cette «vaste sensation collective». Le tout alimenté par des milliers de notes, un journal intime et, surtout, une mémoire phénoménale... Le résultat est époustouflant. 1940-2007 : la vie s'égrène, protéiforme, en autant de séquences que d'images. Au temps d'avant raconté (les guerres, la faim, le rutabaga, Pétain), succède celui d'hier, vécu, subi, jamais sublimé - elle n'apprécie guère le mot «passé».
Marianne Payot - L'Express du 7 février 2008
Pour ceux qui douteraient encore de la place qu'occupe Annie Ernaux dans la littérature française - l'une des premières -, on ne saurait trop conseiller la lecture de ces Années qui s'offre, tant par l'ampleur du projet que par la tenue d'écriture, comme une magistrale plongée dans le temps et la mémoire d'une femme sur plus de soixante ans. Et aussi comme le point incandescent d'une oeuvre et d'une démarche exigeantes qui ne cessent depuis trente ans d'explorer le réel au plus près des mots et des sensations, seuls critères pour elle d'écriture et de vérité... Une vie traversée d'images, de sensations et de tous les langages qui la constituent. Langage des origines et du monde paysan, du café-épicerie tenu par ses parents à Yvetot en Normandie ; langage scolaire et universitaire (elle a enseigné la littérature), langage politique et social... "Je ne suis faite que de cela...". Et c'est avec ce matériau sensible, visuel, oral qu'Annie Ernaux - aidée de ses journaux intimes ou d'écriture, de photos, de films - a pu plonger littéralement en elle, s'immerger dans sa mémoire plurielle pour tracer au plus juste le destin d'une femme dans l'Histoire... Un roman total traversé de phrases sèches, froides et crues que vient recouvrir une patine nouvelle. Celle du temps qui passe avec ses sensations, ses souvenirs, ses joies, ses oublis et son désir farouche de sauver. Celle d'une coulée de lumière mélancolique et grave qui fait de ces Années l'un des plus beaux livres de cette singulière mémorialiste.
Christine Rousseau - Le Monde du 8 février 2008
Depuis les années 1940 jusqu'à nos jours, Annie Ernaux évoque ses souvenirs et ceux de toute une génération. Une impressionnante réussite... Mais surtout, au-delà de tous ces événements et de tous ces «marqueurs d'époque», elle s'applique à retrouver, pour chacun des instants, la mémoire qu'elle avait alors de son passé et la façon dont elle envisageait l'avenir. Rien de commun avec une recherche du temps perdu qui, désormais, «passe par le web» pour afficher sur nos écrans «un présent infini». A travers ce jeu d'allers-retours permanents dans l'épaisseur d'une vie, c'est toute «la profondeur du temps» qui se déploie dans «les Années».
Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 14 février 2008
Avec ce livre tenu, tendu et apaisé, qui mêle l'intime à l'universel, Annie Ernaux s'inscrit dans la lignée des maîtres du grand style classique le Tacite de la Vie d'Agricola, le Bossuet du Panégyrique de saint Bernard, le Chateaubriand de la Vie de Rancé pour redire que ce qui passe à travers nous, par le moyen du temps qui s'écoule, entre à la fois dans la mémoire et dans l'oubli. «Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais», écrit Annie Ernaux à la dernière ligne de son livre à ranger dans la bibliothèque comme un vrai morceau d'histoire de France. Par là, son élan romanesque la fait remonter jusqu'à une mémoire de l'oubli dont elle pressent qu'elle est non seulement la condition de possibilité du savoir, mais aussi, mais surtout celle du salut. Salut profane de ce qui mérite de durer, ou salut de l'âme et de son secret pour la suite des siècles ? Peu importe. «Ce qui compte pour elle, c'est (...) de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qu'elle a traversé, ce monde qu'elle a enregistré rien qu'en vivant.» Se souvenir et faire se souvenir : la vocation de l'artiste.
Sébastien Lapaque - Le Figaro du 28 février 2008
Elle ne dit jamais «je» mais «elle», «ils», «nous» et passe ainsi de l'individuel au collectif dans un mouvement si harmonieux qu'on ne le sent pas. Le lecteur, presque malgré lui, revisite sa propre mémoire et s'étonne de la découvrir si proche d'Annie Ernaux. D'un bout à l'autre de ce récit de 242 pages, l'histoire de l'auteur et l'histoire d'un monde fusionnent. Comment ne pas songer à Marcel Proust ? Lui hier, elle aujourd'hui, ont dominé leur fabuleux projet et nous laissent étourdis d'admiration et de bonheur, avec une envie juvénile de vivre mieux.
Anne Wiazemsky - Le Nouvel Observateur du 3 avril 2008




