AUX ORIGINES DE LA CORRUPTION
- Auteur(s) : Carine Doganis
- Éditeur : PUF
- Collection : FONDAMENTAL
- Genre : DROIT
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Caractéristiques du livre AUX ORIGINES DE LA CORRUPTION
- Auteur : Carine Doganis
- Date de parution : 17/01/2007
- ISBN : 9782130555797
- Editeur : PUF
- Collection : FONDAMENTAL
- Dimensions : 15X22 cm
- Poids : 310 g
- EAN : 9782130555797
Premières lignes du livre AUX ORIGINES DE LA CORRUPTION
Extrait de la préface de Claude Mossé : Le livre de Carine Doganis s'inscrit dans une démarche qui, depuis quelques décennies, met en question le régime politique qui fonctionna à Athènes aux Ve et IVe siècles avant notre ère, cette démocratie dont la France en particulier se voulait l'héritière. On a avancé contre ce «modèle» tant vanté, successivement ou conjointement, l'esclavage, l'exclusion des femmes et des étrangers, l'impérialisme aux dépens des autres Grecs. Le thème ici abordé est de nature à éveiller davantage encore la curiosité du lecteur : la corruption qui fait aussitôt penser à des «affaires» récentes, en France comme dans d'autres démocraties occidentales. Très vite cependant, on s'apercevra en lisant ce livre qu'il s'agit de tout autre chose. Cette corruption n'a rien à voir avec un «monde des affaires» qui n'existe pas dans l'Athènes classique, mais découle d'une caractéristique du droit athénien : la place accordée à la délation dans le système judiciaire. Comme l'auteur le rappelle à plusieurs reprises, c'est au législateur Solon que l'on attribuait le droit donné à tout Athénien qui le voulait (ho bouloménos) «d'intervenir en justice en faveur d'une personne lésée» et «le droit d'appel aux tribunaux». L'auteur de la Constitution d'Athènes, un texte composé au IVe siècle par un élève d'Aristote, sinon Aristote lui-même, voyait dans ce droit l'une des dispositions les plus démocratiques avec l'interdiction de prendre les personnes pour gage. De fait, lorsqu'il est possible d'entrevoir le fonctionnement de la justice athénienne, en particulier à travers les plaidoyers des orateurs, il est clair qu'il n'existait pas à Athènes une institution analogue à ce que nous appelons le ministère public. Non seulement les actions privées mais aussi les actions publiques relevaient de l'initiative individuelle. Telle ou telle disposition votée par l'Assemblée pouvait être attaquée par n'importe quel citoyen, déclenchant de ce fait une action contre l'orateur à l'origine de la proposition. Bien plus, aussi bien lors de leur entrée en charge qu'au terme de leur magistrature, les détenteurs d'une fonction publique étaient appelés à rendre des comptes et pouvaient être mis en accusation par qui le voulait. Certes, il existait des procédures d'arbitrage permettant d'éviter un procès. Il n'en reste pas moins que les procès devant les juges du tribunal populaire étaient un des lieux du déroulement de la vie politique athénienne. On voit aisément comment, à partir de cette réalité du fonctionnement de la justice à Athènes, la délation pouvait jouer un rôle important, même et surtout si elle se présentait comme au service de la communauté des citoyens. Les nombreux plaidoyers politiques qui nous sont parvenus, singulièrement ceux qui sont attribués à Démosthène, sont à cet égard révélateurs. Carine Doganis, quant à elle, a privilégié une source de nature différente, les comédies d'Aristophane.
Revue de presse
La démocratie athénienne y est revisitée non pas dans les habituels étages nobles, mais en ses sous-sols peu ragoûtants. Plus fondamentalement, il est question de participation politique, aujourd'hui comme hier, dans ce détour comparatif entre institutions athéniennes et démocratie moderne. Si, à Athènes, le renforcement continu du pouvoir populaire a marqué un approfondissement certain de la démocratie, sa dégradation montre aussi que les institutions seules ne suffisent pas à la pérenniser, car elle est avant tout la pratique vivante d'un imaginaire partagé.
Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 15 février 2007
Où passe la frontière entre la juste dénonciation du crime et la délation, ravageuse du lien communautaire ? Les cités grecques, dépourvues d'institutions publiques pour protéger la loi, confiaient à chaque citoyen le soin de dénoncer aux magistrats ceux qui violaient la loi. Vision idéalisée d'une démocratie participative qui considère chaque citoyen comme un militant au service de sa cité et feint d'ignorer les zones obscures de la nature humaine ! Carine Doganis, en se fondant sur l'abondante documentation athénienne relative aux dénonciateurs publics professionnels, les sycophantes, analyse la complexité d'une situation à la fois révélatrice des idéaux de la communauté et source d'une corruption inévitable de ces idéaux. Dans cette démocratie totale, la mobilisation permanente du citoyen au service de la loi impose à chacun une connaissance parfaite des mécanismes juridiques protecteurs de la démocratie : l'appel à la dénonciation constitue un processus d'apprentissage essentiel de la démocratie.
Maurice Sartre - Le Monde du 13 juillet 2007


Commentaire sur le livre AUX ORIGINES DE LA CORRUPTION
Carine DOGANIS, docteur en science politique, travaille dans un cabinet d'audit et de conseil en affaires publiques et évaluation financière La démocratie grecque est le plus souvent généreusement idéalisée et on méconnaît largement ses dérives, ses défaillances et ses crises. Or la pratique de l'accusation publique volontaire, la sycophantie, est inhérente à la démocratie grecque. Selon la manière dont les citoyens s'approprient le recours à l'accusation publique volontaire, l'institution peut fonctionner comme un ministère public "citoyen" ou au contraire donner prise à la délation. Cet ouvrage (original dans son approche pluridisciplinaire) montre les dysfonctionnements du modèle athénien et peut aider à comprendre les dérives du monde politique d'aujourd'hui. Il s'adresse à tous ceux qui s'intéressent aux débats citoyens pour comprendre les dérives de nos démocraties contemporaines caractérisées par un idéal de transparence, tandis que la cité d'Athènes revendiquait la confiance.