A TRAVERS LES MURS. LA NOUVELLE GUERRE URBAINE

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Commentaire sur le livre A TRAVERS LES MURS. LA NOUVELLE GUERRE URBAINE

Lors de l'attaque de Naplouse en avril 2002, les soldats israéliens évitaient les rues, les allées et les cours : ils progressaient à travers les maisons, par des trous qu'ils creusaient dans les murs, les planchers, les plafonds. Cette stratégie a été ensuite utilisée par des instituts et des think tanks aux États-Unis : la nouvelle guerre urbaine, mise au point en Israël, devient un sujet d'étude international. Les Israéliens ont construit dans le Néguev une ville entière, où les murs des maisons sont " pré-percés ", et qui est louée par toutes les armées qui le souhaitent pour l'entraînement à la nouvelle guerre urbaine. Eyal Weizman explique comment cette nouvelle pensée, mal comprise par les réservistes israéliens, a été l'une des causes de la défaite israélienne au Liban à l'été 2006. Il montre aussi comment cette façon de penser la guerre recouvre en réalité une lutte de pouvoir entre les anciens et les modernes, à l'intérieur même de l'establishment militaire israélien. 

Caractéristiques du livre A TRAVERS LES MURS. LA NOUVELLE GUERRE URBAINE

  • Auteur : Eyal Weizman
  • Date de parution : 03/2008
  • ISBN : 9782913372740
  • Editeur : La Fabrique
  • Dimensions : 11X17 cm
  • Poids : 94 g
  • EAN : 9782913372740
 

Premières lignes du livre A TRAVERS LES MURS. LA NOUVELLE GUERRE URBAINE

Extrait de l'introduction : L'opération menée en avril 2002 par des unités de l'armée israélienne lors de l'offensive sur Naplouse, en Cisjordanie, a été présentée par son commandant, le général de brigade Aviv Kochavi, comme un exemple de «géométrie inversée», c'est-à-dire de réorganisation de la syntaxe urbaine par le biais d'une série d'actions microtactiques. Les soldats contournaient délibérément les rues, routes, ruelles et cours intérieures qui définissent la logique du déplacement dans la ville ; ils évitaient les portes d'entrée, cages d'escaliers et fenêtres qui constituent l'ordre des bâtiments. Ils préféraient enfoncer des murs mitoyens et défoncer des plafonds et des planchers pour les traverser, et se déplacer ainsi par des couloirs d'une centaine de mètres percés d'appartement en appartement dans le tissu continu et dense de la ville. Plusieurs milliers de soldats israéliens et des centaines de combattants palestiniens manoeuvraient simultanément dans la ville, mais ils se fondaient si bien dans le tissu urbain qu'à aucun moment ils n'auraient pu être repérés en vue aérienne. Ce mode de déplacement s'inscrit dans une tactique que l'armée, puisant dans des métaphores empruntées aux colonies du règne animal, désigne sous les termes d'«essaimage» et d'«infestation». En passant par l'intérieur des habitations, cette manoeuvre inversait le dedans et le dehors et transformait le domaine privé en voie de passage. Les combats se déroulaient dans des salons, des chambres à coucher et des couloirs à moitié démolis. Ce n'était plus l'ordre spatial établi qui dictait les modalités de déplacement, mais le déplacement lui-même qui organisait l'espace qui l'entourait. Coupant dans la masse de la ville, cette circulation tridimensionnelle à travers les murs, les plafonds et les planchers réinterprétait, court-circuitait et recomposait la syntaxe architecturale et urbaine. Cette tactique de «passe-muraille» présupposait une conception de la ville non plus en tant que site, mais en tant que matériau même de la guerre - un matériau flexible, presque fluide, toujours aléatoire et mouvant. Selon le géographe britannique Stephen Graham, depuis la fin de la guerre froide, un vaste «champ intellectuel» international, qu'il décrit comme «un monde de l'ombre fait d'instituts de recherches militaires urbaines et de centres d'entraînement», s'est mis en place afin de repenser les opérations militaires en milieu urbain. Le réseau en plein essor de ces «mondes de l'ombre» repose sur des échanges de savoirs entre différentes armées - conférences, ateliers et manoeuvres conjointes. Pour tenter d'appréhender tous les ressorts de la vie urbaine, les militaires suivent des cours intensifs sur des disciplines aussi diverses que l'in­frastructure urbaine, l'analyse des systèmes com­plexes, la stabilité des structures et les techniques de construction, et ils étudient toutes sortes de théories et de méthodologies élaborées dans les milieux universitaires civils. Un nouveau lien est ainsi en train de se tisser entre les trois composantes étroitement solidaires d'un triangle que nous nous proposons d'examiner ici : les conflits armés, l'environnement bâti et le langage théorique conçu pour les conceptualiser.

 

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